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L'histoire de Diemeringen

L’ancienne Seigneurie – la commune après la Révolution de 1789.

Diemeringen est situé dans la vallée de l’Eichel. La région est occupée depuis le néolithique (silex trouvés) et puis plus densément pendant la période gallo-romaine (les travaux du Pasteur Ringel en témoignent) de même que sa situation à proximité de l’antique voie romaine reliant Strasbourg à Trèves (une des villes résidence de l’Empereur romain Constantin le Grand).

L’origine du nom : vient sans doute du nom franc « DIETMAR » auquel on a ajouté la particule « INGEN », signifiant « descendant de … ».

La bourgade est en effet située dans l’ancien royaume franc d’Austrasie.

De l’époque mérovingienne restent des sépultures au Lichberg sur le ban communal, et l’abbaye de Wissemberg y a eu des possessions dès le 8ème siècle. Au 12ème siècle, le pays de l’Eichel (du nom de la rivière) dépendait du Saargau.

En 1180, Diemeringen appartenait au Comte Simon de Saarbrück. A sa mort, son fils Henri, comte de Zweibrücken (Deux-Ponts)en hérita. Ce dernier légua cette possession en 1275, à son fils HENRI II, appelé le « belliqueux » qui le donna en toute possession à sa fille CATHERINE, lors de son mariage avec HUGUES de FENETRANGE. Auparavant les seigneurs de Fénétrange, tenaient en fief des Comtes de DEUX-PONTS, le château de Dymringen. Hugues de Fénétrange reçoit donc, par cette union, la pleine propriété, dégagée de tout lien de vassalité, le château de Dymringen. Dans ce document se trouve la première mention de Dymringen.

En 1289, Hugues accorde à la ville de Diemeringen (« Diemeringen, die Stat ») une série de privilèges par une CHARTE (Freiheitsbrief). Il espère ainsi développer sa seigneurie et y attirer de nouveaux habitants en les exonérant de différentes taxes et corvées et en leur offrant des terrains pour y construire leurs maisons.

De 1350 à 1483, une famille noble de ministériaux porte le nom de Diemeringen (de là vient le blason que la ville adopta dans la deuxième moitié du 20ème siècle). A cette époque, la Seigneurie englobe les villages de Butten, Voellerdingen, Ratzwiller, Dehlingen, Diemeringen et quelques hameaux.

En 1422, Henri de Fénétrange engagea Diemeringen et Dehlingen, Butten et Voellerdingen au Comté de NASSAU-SAARBRÜCKEN. Vers 1474, le gage est repris partiellement, seuls Butten et Voellerdingen restent possession des NASSAU-SAARBRÜCKEN.

Vers la fin du 15ème siècle, à la mort du dernier sire de Fénétrange, Jean, la moitié de la Seigneurie passe au Comte NICOLAS de MOERS-SAARWERDEN par son mariage avec BARBE de FENETRANGE, une des deux filles de Jean. La fille unique de Barbe, JEANNETTE, épousa le RHINGRAVE JEAN VI en 1482 (mort en 1499), Comte de SALM, Seigneur de MORHANGE. Par des achats successifs, ce dernier devint le maître de toute la Seigneurie. C’est ainsi que Diemeringen sera désormais une possession des Rhingraves allemands et le restera jusqu’à la Révolution. Le château avait déjà été partiellement ruiné par les Comtes palatins en 1452 puis reconstruit. Il fut pillé par les paysans en 1525 (guerre des paysans) qui s’emparèrent de Diemeringen sous le Rhingrave JEAN VII, mais durent l’abandonner à l’arrivée du Duc de LORRAINE, ANTOINE.

Le CHÂTEAU, existait depuis le 13ème siècle, peut-être même fin 12ème. Il était flanqué de 4 tours et entouré d’un profond et large fossé rempli d’eau. Une enceinte fortifiée avec 13 tours cernait la cité. Trois portes permettaient l’accès (basse, haute et porte du pont, UNTERTOR – OBERTOR –BRÜCKTOR). Le pont moyenâgeux à 3 arches fut détruit par l’armée française en 1940. Une maison où l’on frappait monnaie, existait sur le pont.

Une maladrerie où l’on soignaitles lépreux (encore relativement nombreux à la fin du Moyen-Âge) s’élevait hors les murs, au-delà de la porte basse.

Vers le sud, hors des murs, et séparé de la ville par l’Eichel, le faubourg fortifié, lui aussi, appelé « ADELIGER ECK » (le quartier de la noblesse) accueillait les demeures de familles de petite noblesse.

Du point de vue religieux, la cité dépendait de Metz, étant paroisse de l’archiprêtré de « Bouckenom ».

La réforme luthérienne fut introduite par les Rhingraves en 1565. Le premier pasteur connu fut KARL DORMEYER, mort en 1588. Il existe toujours des descendants Dormeyer dans la commune.

La GUERRE DE TRENTE ANS ravagea la région et Diemeringen ne fut pas épargnée. En 1629, dévastation par les Lorrains du Duc et le culte protestant interdit. Un des fils du Rhingrave Jean IX, OTHON LOUIS, général de cavalerie au service du roi de Suède, GUSTAVE ADOLPH, délivre en 1633 Diemeringen des occupants lorrains, mais en 1635, la ville est de nouveau prise par les impériaux de GALLAS, puis par les Lorrains de 1641-43 et de 1647 à 59 (encore bien après les traités de WESTPHALIE de 1648 qui théoriquement marquaient la fin de la guerre). Diemeringen servit pourtant de refugeà bien des habitants des villages alentours, fuyant les envahisseurs. C’est une longue période sombre, de dévastations et de misère. De nombreux villages sont totalement dépeuplés. De 1635-37, des épidémies de peste, la famine, les mauvaises récoltes (les terres ne sont plus cultivées) anéantissent la population (plus de 100 personnes meurent à Diemeringen en 1635 et 204 en 1636 !) il arrive que des villageois soient dévorés par des lors affamés ou que des loups déterrent des cadavres dans les cimetières !

Alors que la Seigneurie se relève lentement de la guerre de 30 ans, surviennent les épisodes sanglants des procès de sorcellerie. En effet de 1671 à 1673, 17 personnes en furent les victimes (surtout des femmes, sans doute plus vulnérables, parfois veuves, de Diemeringen et Dehlingen). Ces victimes furent d’abord décapitées par l’épée (c’était une faveur !) puis leurs dépouilles brûlées au « Galgen », lieu-dit où se dressait le gibet, (situé vers Mackwiller). A propos de ces odieuses condamnations (approuvées par pasteurs et curés !) pour sorcellerie, j’avancerais l’hypothèse suivante : le Rhingrave JEAN X, époux séparé depuis la fin de 1673 (curieux !) de la princesse ELISABETH JEANNE de VELDENSZ, épousée en 1669 et qui n’était pas un tendre) dans le but de priver sa parente MARGARETHA, fille de la Comtesse JULIANE de SOLMS-KYRBURG et épouse de PHILIPP ADOLFF (fils illégitime du roi de Suède) de sa part d’héritage qui devait lui revenir conformément au testament de sa mère la Comtesse Juliane, avait orchestré ces dénonciations pour sorcellerie, débouchant sur ces morts sanglantes. En effet, Margaretha fut l’une des victimes du procès de juin 1673, et le Rhingrave Jean X força son mari veuf, PhilippAdolff, à se marier dès 1674. Eh oui, le couple Adolff vivait à Diemeringen et Philipp y était même échevin (ils avaient fui leur domicile précédent à Bockenau en Allemagne pendant la guerre de 30 ans, pour se réfugier à Diemeringen, possession des Rhingraves de leur parenté, où ils pensaient être en sécurité : mauvais choix). On notera que ce furent pratiquement les dernières condamnations à mort pour sorcellerie en Alsace (de même qu’en France). C’est à la fin du 16ème siècle et au début du 17ème siècle que ces procès firent le plus de victimes. Ainsi on déplore 76 condamnations à mort dont 30 enfants de 8 à 16 ans en 1629 et 1630, pour la seule ville de Molsheim. Avec le début de la guerre de Hollande ces procès s’arrêtèrent.

Prise de Diemeringen et destruction du château. En 1674 Diemeringen fut envahie par les troupes du maréchal TURENNE, ses remparts détruits, la ville brûlée, seules 11 maisons échappèrent aux flammes intra-muros (dont la maison Dormeyer construite en 1630 qui est la plus ancienne maison existante). En 1677 le château fut rasé. Le nom de Turenne est resté tristement célèbre dans la mémoire des habitants, qualifié d’incendiaire et de support du Diable. Turenne avait agi sur les ordres de Louvois, ministre de la guerre de Louis XIV.

En 1680, les possessions des Rhingraves furent réunies à la France, mais le traité de Ryswick en 1697 rendit la Seigneurie de Diemeringen aux Rhingraves allemands.

Après la mort de Jean X à l’âge de 53 ans, le Rhingrave en 1688, sa veuve qu’il avait désignée pour sa légataire universelle, reconstruisit un nouveau château (toujours visible en partie, impasse du château). Elle y vécut souvent, de même qu’à Morhange, et d’après les historiens fut enterrée dans l’église paroissiale de Diemeringen, à son décès le 5 février 1718. Le cruel Jean X eut une mort peu glorieuse. Il mourut d’indigestion – «er hattezuvielgefressen » !) en novembre 1688.

La Seigneurie devient « Vierherrig ». la princesse Elisabeth Jeanne, veuve de Jean X, n’ayant pas de descendance, sa succession donna lieu à de longues contestations. Finalement 4 familles nobles (vierherrig) se partagèrent les revenus (peu importants) de la Seigneurie et un bailli dirigea les affaires. Les derniers baillis Hoppe exercèrent leurs fonctions jusqu’à la Révolution. Ces baillis HOPPE père puis fils laissèrent leur nom à une venelle, à côté du presbytère protestant et menant vers le quartier « Chamonix ».

Les 4 familles héritières :

-          Le prince de SALM-SALM      :                    3/16

-          Le prince de SALM-KYRBURG :                 3/16

-          Le rhingrave de GRUMBACH :                  5/16

-          Le rhingrave de RHEINGRAFENSTEIN   :  5/16

Rattachement à la France : en 1793, avec Dehlingen et Ratzwiller, Diemeringen devint chef-lieu de canton jusqu’en 1801 où la commune se trouva réunie au canton de Drulingen.

L’Eglise protestante et les autres lieux de culte. En 1659, le culte protestant était rétabli. L’ancienne église, étant dans un certain état de délabrement, une nouvelle église fut édifiée par un proche collaborateur de l’architecte en chef des Nassau-Saarbrück, Frédéric Joachim STENGEL, nommé ABRAHAM DODEL, et terminée en 1769. Ce lieu de culte n’est pas une authentique église Stengel, elle n’a pas été construite dans le cadre des églises du Comté de Nassau-Saarbrück dans des villages où existaient des conflits entre catholiques et protestants pour l’utilisation de l’église existante ; ces nouvelles églises étant financées à parts égales par le prince de Nassau et le roi de France Louis XV.

Notre église fut classée monument historique en 1925, suite à la découverte lors de sa rénovation par le Pasteur Gilbert Lepelletier de belles peintures polychromes sur panneaux de bois datant de la construction (elles ornent les tribunes).

Les autres lieux de culte : l’intéressante SYNAGOGUE de 1867 et la présence d’un cimetière israélite (1770) et d’une école juive avec un bain rituel dans le même bâtiment.

Une importante communauté juive vivait à Diemeringen (139 personnes à la veille de la guerre de 1870). Quelques juifs s’étaient déjà établis dans la Seigneurie dès le début du 18ème siècle. Le Rhingrave les acceptait moyennant le paiement de quelques taxes ! Avant la construction de la synagogue, une grande pièce dans une maison rue du vin (Judegass) accueillait la communauté pour les offices. Dans la rue du vin on trouvait beaucoup de maisons juives mais aussi celle des imagiers populaires GRIESBAECHER père et fille : ils dessinaient de beaux vœux de baptême de 1790 à 1850.

L’église catholique de style moderne(1960) et l’église néo-apostolique.

Les inondations dans le passé. La commune a souvent subi des inondations dues aux crues assez régulières de l’Eichel (dans l’église protestante une marque en laiton sur les lambris en bois, à droite de la chaire, indique le niveau atteint par l’eau en 1824). D’autres crues importantes firent des dégâts tout au long du 20ème siècle, par exemple en 1919, 1947, 1948, 1955. La dernière inondation survint en décembre 1982 (depuis la retenue d’eau aménagée près de Waldhambach, la cité n’a plus connu d’inondation).

Le nouveau quartier «rive droite». Ce nouveau quartier appelé communément « Chamonix », qui s’étend sur les hauteurs de la rive droite de la rivière, s’est beaucoup développé depuis un demi-siècle. Là se trouvent aussi le Collège d’enseignement secondaire, la nouvelle mairie et le Maison de retraite « Les coquelicots ».

Diemeringen est toujours le centre commercial le plus important et le plus actif de la vallée de l’Eichel. Les 3 facteurs de ce développement sont surtout :

La gare ferroviaire située sur la ligne de chemin de fer construite en 1895, reliant Strasbourg à Sarreguemines et Sarrebruck. Elle draine de nombreux usagers de toute l’Alsace bossue et de la proche Moselle (pays de Bitche).

L’importante communauté juive au 19ème et la première moitié du 20ème siècle. Les juifs étaient non seulement marchands de bestiaux, mais aussi d’habiles commerçants (vêtements, quincaillerie, meubles, etc …, une boucherie juive existait dans la grand-rue).

La florissante activité de poterie culinaire et horticole, qui s’est développée depuis le 18ème siècle – 25 artisans potiers au milieu du 19ème siècle – et création de la Grande Poterie Alsacienne en 1924 (qui a cessé son activité depuis quelques années). Il n’existe plus de potiers dans la commune depuis que les frères Bruderer ont cessé d’y exercer leur art.

Les auberges et cafés. Autrefois, la bourgade comptait 9 auberges et cafés dont plusieurs relais de  poste. Elle doit en partie son joli sobriquet de « Kaffeelappe » (buveurs de café) au fait que l’un de ces cafés faisait griller les grains de café devant sa porte. Ces effluves attiraient les consommateurs. Beaucoup d’habitants de Diemeringen et des villages voisins avaient l’habitude, surtout le dimanche, de venir boire un bon café (sans chicorée !) dans les restaurants de la ville depuis le 19ème siècle. Les paysans aisés - de Waldhambach par exemple – s’y rendaient en calèche attelée d’un cheval et ils avaient pour l’occasion revêtu leur belle veste aux nombreux boutons dorés !

Le blason. Notre blason reprend les armoiries de l’ancienne famille des « de Diemeringen » éteinte à la fin du 15ème siècle ; il est d’argent au chevron ployé de gueule, chargé de 3 coquilles d’or.

Les foires. Autrefois durant tout le Moyen-Âge et l’Ancien Régime 3 foires se tenaient à Diemeringen, le 29 juin (Petersmarkt), le 28 octobre foire de St-Simon et St-Jude, le lundi après ces 2 fêtes et le 21 décembre. Une seule grande subsiste, celle du lundi de la Kirw, dernier lundi d’octobre.

Les métiers.Pratiquement tous les métiers étaient représentés dans la Seigneurie avec une majorité de tisserands et de potiers. Dès la fin du 18ème siècle (avant la révolution, un médecin et un apothicaire y exerçaient aussi leur art).

Les beaux encadrements de porte. Il me faut encore signaler que quelques beaux encadrements de porte portant des emblèmes de métiers et datant du début du 18ème siècle ou du 19ème siècle subsistent dans la bourgade. Ainsi quai de l’Eichel, la porte de la boucherie arbore une têtede bovin avec un hachoir, et le nom des premiers bouchers Constans, constructeurs de la maison, la porte de l’immeuble perpendiculaire à la pâtisserie Hirtz et qui appartenait à l’agent forestier en chef des Rhingraves Christian Schülermann – on y voit un cerf – le nom du propriétaireet la date de 1738 ont malheureusement été recouverts lors de la dernière mise en peinture de la façade – quel dommage - Dans la rue des remparts, l’ancienne résidence des nobles de Dhaun, devenue plus tard presbytère protestant, et maintenant maison Becker-Stoebner, présente également un très bel encadrement et linteau de porte d’entrée.

Diemeringen reste toujours de nos jours la capitale commerciale de la vallée de l’Eichel où il fait bon vivre. C’est aussi un centre artisanal, industriel et culturel avec de nombreuses associations.

Soyons fiers de notre patrimoine et essayons de le conserver.

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Texte d’Annelise Bour, présidente du Groupe d’Histoire Locale.

Sources : « Diemeringen ville et Seigneurie avec Dehlingen et Ratzwiller » de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Saverne et Environs, « Encyclopédie d’Alsace » et recherches personnelles d’Annelise Bour.

Pour plus de renseignements sur l’histoire ancienne de Diemeringen, s’adresser à la présidente du groupe d’histoire 03 88 00 07 02.